Dean Tavoularis (1932 – 2026) : chef décorateur
L’Américain Dean Tavoularis — devenu un véritable « *doyen du décor » — a forgé l’identité visuelle du Nouvel Hollywood dans les années 1970, et plus particulièrement celle des films de Francis Ford Coppola, pour lequel il a créé les décors d’une vingtaine de longs métrages.

Hormis ses nombreux films contemporains (ci-dessus Conversation secrète de 1974), Tavoularis a surtout façonné une image distincte de l’Amérique du passé, en commençant par les années 1930 avec Bonnie and Clyde (1967) d’Arthur Penn — son premier travail remarquable en tant que « production designer ».

Il fait revivre les années 1940 avec Le Parrain (1972) de Coppola, Adieu, ma jolie (1975) de Dick Richards, Hammett (1982) de Wim Wenders et Tucker (1988), à nouveau de Coppola.

Les années 1950 sont évoquées dans Le Parrain, 2e partie (1974) et Têtes vides cherchent coffres pleins (1978) de William Friedkin.

Les années 1960 apparaissent dans Outsiders (1983) et Peggy Sue s’est mariée (1986), tous deux réalisés par Coppola.

Les deux films les plus marquants de sa carrière en matière de décors sont sans doute Apocalypse Now (1979) et Coup de cœur (1982), également signés Coppola.

Pour Apocalypse Now, Tavoularis construit, dans la jungle des Philippines, l’impressionnant et glauque repaire du colonel Kurtz (Marlon Brando), ainsi que des avant-postes militaires hallucinants et cauchemardesques, …

… et un fascinant théâtre ambulant sur l’eau où se trémoussent des playmates devant des soldats américains déchaînés.

Coup de cœur lui donne l’occasion de créer une version idéalisée et gigantesque de Las Vegas en studio.

Initialement prévu comme un long plan-séquence continu, le film ne restitue pas seulement le faste des comédies musicales des années 1930 et 1940, mais permet aussi un enchaînement fluide de lieux surprenants.

Sans ostentation, Tavoularis conçoit ses décors comme une extension psychologique des personnages, tout en restant historiquement crédible. Dans ses films, le décor devient un outil narratif central, dépassant sa simple fonction d’arrière-plan.

Lors du tournage d’Apocalypse Now, il rencontre l’actrice Aurore Clément, qui deviendra sa femme. Il s’installe ensuite à Paris, où il vivra jusqu’à son décès en avril 2026.