Un taudis pour M. Hulot

COURS DU SOIR 1968 Nicolas Ribowski

Le tournage compliqué et épique de Playtime, chef-d’œuvre maudit de Jacques Tati, s’étend sur trois ans, d’octobre 1964 à octobre 1967. Pour se détendre, Tati confie en mars 1967 à Nicolas Ribowski, l’un de ses assistants réalisateurs, la mise en scène d’un court-métrage de 26 minutes.

Cours du soir est tourné dans les décors de Playtime, entre les prises de vues de la célèbre séquence du Royal Garden, elle-même étalée sur quatre mois. Plus simple dans sa composition, le film se déroule essentiellement dans une salle de classe épurée aux couleurs grises, située dans un immeuble hypermoderne.

Tati endosse à nouveau le costume de son personnage fétiche, M. Hulot, devenu professeur. Il explique à des élèves peu réceptifs les règles élémentaires du comique. Ce Cours du soir lui permet de recycler des éléments de son spectacle de music-hall Impressions sportives ainsi que de son court-métrage L’École des facteurs (1947).

Le comique naît en partie du contraste entre un cadre sérieux — une salle de classe remplie d’élèves ayant des allures d’hommes d’affaires — et les situations grotesques que Tati tente de leur démontrer : une partie de pêche, de tennis ou encore un cours d’équitation.

Les deux derniers exercices (comment trébucher sur des marches ou s’écraser contre une colonne) évoquent d’ailleurs fortement le comique plus trash des futurs Monty Python des années 70.

Si l’on peut reprocher à Tati de réutiliser des gags déjà connus, le film reste remarquable pour sa conclusion, qui constitue aussi un rappel et un hommage à son chef-d’œuvre Mon Oncle. Le cours terminé, Hulot quitte l’immeuble moderne pour rentrer chez lui.

Tati et Ribowski enchaînent alors sur une vue empruntée à Playtime, montrant deux tours en verre et en métal qui commencent à pivoter tandis que la caméra descend, …

… révélant l’envers du décor et les machinistes qui déplacent les immeubles factices !

Derrière ces façades, ils dévoilent une bicoque misérable, version taudis de la fameuse maison biscornue de M. Hulot dans Mon Oncle. C’est dans cette cabane désolante qu’habite désormais M. Hulot.

On ne peut s’empêcher, rétrospectivement, d’établir un parallèle prémonitoire entre la dégradation de l’habitat de M. Hulot et l’accueil désastreux — ainsi que l’échec commercial — de Playtime, qui ruinera la carrière et la fortune de Jacques Tati.

COURS DU SOIR 1968 Nicolas Ribowski

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