Dans l’antre du savant fou (1960)

LES YEUX SANS VISAGE 1960 Georges Franju

Décors : Auguste Capelier – assisté de Jacques Mély et Claude Moesching

Créateur de la Cinémathèque française en 1938 avec Henri Langlois, Georges Franju est un passionné des films de genre. Dans ses propres films, il combine le rocambolesque et le fantastique avec son regard critique et personnel. Il créé ainsi plusieurs chefs-d’œuvre, notamment « Judex » (1963), hommage à Louis Feuillade et « Les Yeux sans visage », film phare du cinéma français d’épouvante, illuminé par un trio d’acteurs impressionnant : Pierre Brasseur, Alida Valli et Edith Scob.

Proche du cinéma de Jean Cocteau dans sa vision poétique (les yeux expressifs et surprenants d’Edith Scop, les scènes du cimetière, le château et le parc du docteur Génessier…), le film traite un sujet contemporain (la greffe d’un visage) et la question de la conscience morale (combien de filles doivent être sacrifiées pour en sauver une ?).

Mis en lumière efficacement par le mythique Eugen Schüfftan (responsable notamment des effets spéciaux optiques pour « Metropolis » de Fritz Lang), le laboratoire du savant fou (joué par Pierre Brasseur, père déchiré entre culpabilité et mégalomanie) impressionne et se démarque des clichés habituels par son réalisme froid : point d’éclairage expressionniste ou d’attirail fantastique – seulement un dédale de couloirs en béton triste qui relient le garage à des caves glauques et sombres.

Dans l’une d’elles : le minimum nécessaire pour constituer une salle d’opération clandestine. Le mobilier est moderne, fonctionnel et épuré. Le carrelage blanc et froid évoque aussi bien un hôpital qu’une boucherie ou encore une chambre de torture SS.

Le film franchit ainsi, avec dix ans d’avance, la porte de l’horreur gothique classique (de l’Universal des années 30 en passant par les studios Hammer des années 60/70) pour entrer dans l’insoutenable réalisme gore des années 70/80, inauguré par Tobe Hooper avec « Massacre à la tronçonneuse ».

LES YEUX SANS VISAGE 1960 Georges Franju

Laisser un commentaire