Typo-safari dans la jungle urbaine

THEY LIVE (Invasion Los Angeles) 1988 John Carpenter

BLADE RUNNER 1982 Ridley Scott

MON ONCLE 1958 Jacques Tati

IL CONFORMISTA (Le Conformiste) 1970 Bernardo Bertolucci

La typographie est omniprésente dans l’ensemble des éléments qui composent la ville : sur les bâtiments aussi bien que dans les rues, les places et les parcs. Elle se décline sous forme de signalisation, enseignes, publicités, affiches, graffitis et tags.

LOST HIGHWAY 1997 David Lynch

Au cinéma, la présence de textes, lettres et pancartes dans la ville peut acquérir une valeur qui va au-delà de leur signification première. Et beaucoup de cinéastes jouent avec les possibilités de cette double lecture, en intégrant la typographie à des moments précis dans le cadrage de leurs films.

John Carpenter détourne avec intelligence et malice l’omniprésence des panneaux publicitaires dans sa dystopie « Invasion Los Angeles » / « They Live » (1988).

Los Angeles (et par extension toute l’Amérique) y est contaminée par des extraterrestres qui font passer des messages cachés derrière enseignes et publicités anodines, afin d’influencer les humains et contrôler le monde.

Ces messages sont visibles seulement en chaussant des lunettes spéciales. Une critique acerbe du capitalisme et des médias se glisse ainsi sournoisement dans un film de science-fiction de série B.


Plongé dans une nuit pluvieuse qui semble ne jamais finir, « Blade Runner » (1982) décrit un autre Los Angeles du futur (2019), également dominé par des publicités devenues animées, aussi hautes que les immeubles.

La puissance des néons permet alors de renforcer l’atmosphère dramatique, comme le fait Ridley Scott dans le climax de « Blade Runner » qui se déroule sur le toit d’un immeuble.

Le monologue émouvant et dramatique du réplicant mourant Roy Batty (Rutger Hauer) se trouve accentué par la lumière crue des néons. Ironie de l’histoire : plusieurs enseignes montrées dans le film ont cessé leurs activités avant l’aire « Blade Runner », située en 2019 : les cassettes TDK, la compagnie aérienne Pan-Am, les jeux vidéo Atari, …


D’une autre façon, Jacques Tati utilise les enseignes de manière malicieuse dans « Mon Oncle » :

L’uniformité de l’architecture moderne est dénoncée à travers deux bâtiments quasi identiques aux usages bien différents : d’abord une usine de tuyaux en plastique …

… puis une école primaire. Tati accuse le style international (résultant des différents CIAM – Congrès internationaux d’architecture moderne 1928-1959), de tendre vers une ville générique 1 qui abandonne tout lien entre forme et fonction. Sans panneau sur la façade, personne ne sait à quoi sert le bâtiment.

1voir aussi : « La ville générique » selon Rem Koolhaas


En 1971, Bernardo Bertolucci commence « Le Conformiste » avec une réminiscence du film noir : un protagoniste dans une chambre est éclairé à travers des néons situés à l’extérieur. L’enseigne au néon plonge ici une chambre d’hôtel dans une lumière rouge profond et souligne instantanément la gravité de la situation. L’inscription « La vie est à nous » 2 apparaît en total décalage ironique …

2Référence au film du même nom, que Jean Renoir tourne en 1931, mais qui ne sort qu’en 1969 à cause de son contenu communiste.

… avec un Jean-Louis Trintignant qui a vendu son âme au diable (ou plutôt aux fascistes de Mussolini), et qui est sur le point de trahir ses amis.

(à suivre)

THEY LIVE (Invasion Los Angeles) 1988 John Carpenter

BLADE RUNNER 1982 Ridley Scott

MON ONCLE 1958 Jacques Tati

IL CONFORMISTA (Le Conformiste) 1970 Bernardo Bertolucci

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