Dans la salle de bain

Si le principe de salle de bain est connu depuis le début du XIXème siècle, ce n’est qu’après la seconde guerre mondiale que les logements sont systématiquement équipés d’une pièce dédiée aux soins corporels.

Gabrielle Anwar dans BODY SNATCHERS (1993) de Abel Ferrara

Quand le cinéma montre la salle de bain, c’est souvent pour se focaliser sur la baignoire. Et plus précisément sur la détente dans la baignoire. Contrairement à la douche, qui, depuis le film « Psychose », a eu d’autres connotations au cinéma, c’est dans le bain que l’on se sent bien – ce que reflètent de nombreux films.

Olivia Colman dans EMPIRE OF LIGHT (2023) de Sam Mendes

Encore plus que le lit, la baignoire permet d’illustrer le répit et la recherche de sérénité après une scène de dispute, d’action, de mauvaise nouvelle, ou simplement après une journée de travail fatigante.

Tricia Vessey dans TROUBLE EVERY DAY 2001 de Claire Denis

On voit (sans surprise) surtout des femmes se détendre dans l’eau chaude et réconfortante, avec en prime, pour le spectateur, une pointe d’érotisme. La nudité, évoquée en général plus ou moins subtilement par une épaule, un genou, ou des seins dissimulés (ou pas) dans l’eau laiteuse, contraste avec l’agencement clinique et fonctionnel de la pièce elle-même.

Gunnel Lindblom dans LE SILENCE (1963) d’Ingmar Bergman

Par définition, la salle de bain type est exigüe et rationnelle. Les matériaux employés sont résistants et faciles d’entretien. La tuyauterie reste souvent apparente. Malgré quelques efforts de décoration (comme ci-dessus le tapis de sol et les pochoirs au motif floral, ainsi que le sol carrelé avec un motif en damier), l’ambiance y reste froide et impersonnelle. Elle souligne ainsi la fragilité du corps.

Marie-France Pisier dans FRENCH POSTCARDS (1976) de William Huyck

Les exceptions sont rares : tout le monde n’a pas la chance de pouvoir se baigner dans la baignoire de la villa Savoye, construite par Le Corbusier entre 1928 et 1931 (notons au passage que le jacuzzi en bois ne figure pas sur les plans du maître).

Camille Keaton dans ESTRATTO DAGLI ARCHIVI SEGRETI DELLA POLIZIA DI UNA CAPITALE EUROPEA (1972)

de Riccardo Freda et Jeff Bridges dans BIG LEBOWSKI (1998) des frères Coen

La présence de bougies (motif récurrent) témoigne du besoin de faire disparaître la fonctionnalité ostentatoire de la salle de bain pour apporter un peu de chaleur, voire de romantisme.

Seena Owen dans QUEEN KELLY (1929) de Erich von Stroheim

Mais l’exagération des éléments décoratifs peut vite dégénérer et devenir kitsch. Un autre accessoire récurrent est le verre (ou la coupe de Champagne) qu’on peut boire en compagnie de son chat …

Barbara Steele dans SHIVERS/FRISSONS (1975) de David Cronenberg

… ou, quand on n’a pas de chat, pour oublier sa solitude et les tracas du quotidien.

Dagmar Lassander dans PHOTO INTERDITE D’UNE BOURGEOISE (1970) de Luciano Ercoli

et Geraldine Moffat dans GET CARTER / LA LOI DU MILIEU (1971) de Mike Hodges

Mais, encore plus souvent, on fume dans la baignoire : souvent des cigarettes de manière lascive, parfois des pétards (voir ci-dessus LE BIG LEBOWSKI), …

Michel Piccoli dans LE MEPRIS (1963) de Jean-Luc Godard

et Shirley MacLaine dans SIERRA TORRIDE (1970) de Don Siegel

… ou encore des gros cigares, pour souligner virilité et détermination, même dans ce lieu intime.

Brigitte Bardot dans LE MEPRIS (1963) de Jean-Luc Godard

et Jean-Paul Belmondo dans PIERROT LE FOU (1965) de Jean-Luc Godard

Les intellectuels se cultivent dans la baignoire (on n’est pas chez Godard pour rien), …

Victoria Abril dans ATAME ! (1990) de Pedro Almodovar

… d’autres pensent plutôt à jouer / jouir, seule …

Mariko Ogawa et Joe Shishido dans LA MARQUE DU TUEUR (1967) de Seijun Suzuki

et Marcello Mastroianni et Nastassja Kinski dans LA FILLE (1977) de Alberto Lattuada) 

… ou à deux, jusqu’à l’épuisement, ou au contraire, seulement à discuter un peu bien sagement, …

Colleen Camp, Sondra Locke et Seymour Cassel dans DEATH GAME (1976) de Peter S. Traynor

… où à trois, beaucoup moins sagement.

Patrick Dewaere dans SERIE NOIRE (1976) de Alain Corneau

et Jeanne Moreau dans LA NUIT (1961) de Michelangelo Antonioni

Sans oublier ceux qui vont broyer du noir, tout seul, sans bougie, sans verre ou cigarette, en attendant que le pire arrive.

(à suivre prochainement : le troisième volet consacré à la salle de bain, intitulé : « Bain de sang », où le pire arrive)

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